Bordeaux- Communiqué de soutien à K.

K. a 18ans et elle incarcérée depuis le mois de décembre 2016 pour homicide involontaire ; alors qu’elle rentrait chez elle, un homme l’a harcelé dans la rue et elle s’est défendue. En tombant, son agresseur est décédé d’une rupture d’anévrisme et les journaux se sont défoulés sur elle. Puisque nous soutenons l’auto défense des femmes, nous soutenons K. et relayons le communiqué du Collectif de Lutte des Etudiant-e-s Féministes de Bordeaux.

K., 18 ans, est aujourd’hui incarcérée et poursuivie pour homicide suite aux faits survenus le 2 décembre dernier. Tandis qu’elle passait la soirée en centre ville avec ses ami-e-s, K. est victime de harcèlement de la part d’un inconnu qui sera rapidement mis à l’écart par le groupe. Plus tard, alors qu’elle attend le tram avec une amie pour rentrer chez elle, le même individu revient à la charge se sentant sûrement beaucoup plus en force face à deux jeunes femmes. Ce n’était pas la première fois que K. était victime de harcèlement de rue. La veille par exemple, elle avait été violemment agressée par un individu qui avait tenté de l’étrangler parce qu’elle n’avait pas répondu favorablement à ses “avances”. Le soir du 2 décembre, au lieu de subir en silence une nouvelle agression, K. a repoussé l’individu en question qui est tombé et lui a assené deux coups de pieds. Il n’en fallut pas davantage pour que les journaux locaux, parlent “d’acharnement à coup de talons” et titrent: “un homme meurt après avoir été agressé par une jeune fille de dix-huit ans” au mépris de tout élément évoquant l’agression que venait de subir K. ou même la véritable cause de la mort. En réalité, l’individu est décédé dès sa chute, d’une rupture d’anévrisme.

Ici encore les médias renversent les rôles de la victime et de l’agresseur – comme ce fut le cas pour Jacqueline Sauvage. Pour la presse locale, K. a seulement et simplement été “importunée” par l’homme qu’elle a frappé (voir Sud Ouest). Quid du traitement médiatique et juridique de ces violences lorsque l’on constate que la victime est purement érigée au rang d’agresseur voire de meurtrier. N’en déplaise aux grands défenseurs de la bonne moralité et de la justice, l’expérience de K., et de bien d’autres femmes, nous montre que loin d’apporter une réponse à la mesure des oppressions que subissent les femmes, on préfère se contenter de traiter partiellement ses affaires, de les minimiser voir dans ce cas de retourner la situation au détriment des victimes.
La situation de K. nous rappelle ce que beaucoup de femmes et minorités de genre (100% pour être exact) subissent quotidiennement dans la rue, dans les transports mais aussi sur leur lieu travail, chez elles, etc. Le foisonnement des Tumblr réunissant les témoignages de violences sexistes montre qu’aucun espace public ou privé n’est épargné. S’ajoutent à ces violences sexistes les insultes et actes transphobes/lesbophobes/homophobes et racistes, tout aussi courants. Les chiffres existants à propos du harcèlement de rue sont encore trop peu nombreux, preuve que ces violences sont encore largement invisibilisées : “la plupart des manifestations d[e] harcèlement sexiste ne constituant pas des crimes ou délits [restent] donc «invisibles » au regard du droit [et] ne peuvent être recensées dans les statistiques de la police”. Or, ces violences ont un impact négatif déterminant sur la vie des femmes et minorités de genre : sentiment d’insécurité dans l’espace public, freins à la mobilité, injonctions vestimentaires et comportementales, peur d’être jugé-e sur son apparence, sa sexualité – ce ne sont que quelques exemples, la liste est bien trop longue.

Si en théorie le harcèlement de rue constitue “une violation des droits humains, une atteinte à la liberté de circuler et au droit à la sécurité”, force est de constater que dans les faits, aucune réponse satisfaisante n’y est apporté. Cette affaire révèle une fois de plus que LA justice n’est finalement pas neutre de tous rapports sociaux de dominations et que derrière le masque de la neutralité, se cache un système privilégiant une certaine frange de la population au détriment d’une autre. Que nous reste-t-il pour nous défendre lorsque les violences que nous subissons sont rendues illégitimes, totalement invisibilisées et que nous en sommes trop souvent rendues coupables ? K. s’est défendue et est punie pour ça. Quand des membres des forces de l’ordre coupables de sévices et de meurtres plaident la légitime défense, ils ne sont pas inquiétés. Ici, la défense devient une agression et tout élément la rendant légitime est balayé d’un revers de bras. Nous avons donc bien affaire à une justice à deux vitesses. De la même manière, le harcèlement de rue n’est qu’un rappel sexué envers les femmes pour leur signifier que l’espace public ne leur appartient pas, qu’elles n’y sont pas les bienvenues.

Après un séjour en hôpital psychiatrique, K. est aujourd’hui incarcérée à la prison de Gradignan en attendant la date de son procès. Il est inadmissible qu’elle soit traitée en criminelle ! Nous sommes solidaires de tous-tes les victimes de harcèlement :

  • Nous avons le droit de répondre, nous sommes légitimes à nous protéger!
  • Nous exigeons la libération immédiate de K, et un procès tenant compte des éléments de contexte qui ont conduit la victime à se défendre !


Le Collectif de Luttes des Etudiant-e-s Féministes

 

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